Ecriture·Pensée du jour du mois de la semaine

La naufragée

Je discutais avec Charlie hier et je lui disais : La création, c’est comme tous les métiers parfois c’est pénible.

Evidemment que je préfère largement mon statut d’auto-entrepreneuse (ZZP-er ici au Pays du Gouda), à voguer entre la librairie et l’écriture, à mon passé de secrétaire administrative ou de clown-fée-détective pour enfant de moins de huit ans. Mais il faut se faire une raison, même quand tu kiffes ce que tu fais, parfois tu préfèrerais courir après des chatons mignons dans un champs de coquelicots ou faire la vaisselle, que de t’y mettre. Ouais… ça laisse un large spectre de ce qu’on ferait plutôt que de bosser…

Comme la vaisselle s’est pas trop mon truc et que j’ai des – qui a dit gros ? – chatons mignons à la maison, quand je n’arrive pas à écrire je lis ou je crochète un truc en regardant une série ou un film. J’aimerais bien faire partie de celles et ceux qui vont trouver l’inspiration dans la rue, qui sortent s’installer dans un café ou se font une expo – et ça m’arrive aussi – mais soyons clair que la plupart du temps il me faut un chausse-pied pour m’extirper de mon canapé. Alors j’occupe mes mains et ma tête et ça marche pas trop mal. Quand j’arrive à le faire. Parce que sinon, je suis aussi de celles et ceux qui restent le cul dans leur chaise, à pas faire marcher grand chose et à scroller la sainte trinité instagram-facebook-twitter…

Libraire, je sais faire. J’ai appris. A l’école et à la librairie. J’aime être en boutique. Avant d’y entrer, je laisse beaucoup de chose à la porte et j’accroche ma bonne humeur. Je sais pourquoi je suis là. Accueillir les clients, prendre soin de la boutique, le chiffre. N’y voyez pas d’automatisme, mais de la confiance. Oh, pas trop grande tout de même. Je bégaie quand on me donne un nom que je ne connais pas, je tremble en rendant la monnaie et demander de payer une commande à l’avance me donne le vertige. J’ai une culture solide mais j’en connais ses limites. J’ai mis du temps à me heurter aux grands classiques. J’ai longtemps été une lectrice de littérature de genre – comme on disait avant – souvent anglophone et parfois pas très bonne. On ne peut pas avoir tout lu, on ne peut pas tout lire et parfois même on ne peut pas lire de tout. Cependant, à la librairie, je suis chez moi. Je sais. Et les journées filent sans s’arrêter d’une cliente curieuse de bande dessinée à un autre venu chercher sa commande, d’un rayon à créer à des étagères à ranger, d’une facture à émettre ou à payer, de ces mails qui ne cessent de s’accumuler. Jusqu’à la porte fermée avec la satisfaction d’une journée bien remplie. Je m’y sens utile.

Des fois, je traine les pieds. Des fois j’ai rencontré une personne pas gentille (dans une librairie, quelle idée…). Des fois, on a oublié un mail, une réponse, un client et personne n’est content. Des fois je suis fatiguée et je ne voudrais voir personne de la journée. Ça ne m’empêche pas d’aimer mon métier. Et puis, ces jours-là, je ne suis pas seule. Même dans la petite équipe de ce bout de France Amstellodamois.

Quand j’écris, je suis souvent seule. Et en ce moment, c’est le cas. Je n’ai plus de texte en cours de partage, mon roman est corrigé et attend sa date de sortie, pas d’histoire à illustrer entre les mains des copains. Tout est à recréer. Et c’est difficile. Ce qui est difficile, c’est surtout de ne pas perdre de vu pourquoi on en est là, tous les jours ou presque, à ouvrir son ordinateur avec ses fichiers éparses en se demandant « qu’est ce que je fais aujourd’hui ? ». « Pourquoi on en est là ? » et « Pourquoi on est là ? ».

Je sais pourquoi j’écris.

J’écris parce que les histoires m’ont toujours tenues chaud. Chaud au coeur, chaud au corps. Pour moi qui était une enfant de l’intérieur, elles m’ont tenues compagnie et m’ont aéré la tête. Elles m’ont nourrie, c’est vrai. J’ai lu beaucoup, beaucoup de tout, trop tôt parfois, mais avec toujours ce même pouvoir d’ouverture sur le monde. Je pouvais être qui je voulais et rencontrer la terre entière. Et puis, des histoires, j’en ai écrites. Et elles avaient sur moi le même pouvoir. Je voyageais dans mes récits, j’affinais ma pensée, j’y résumais ce que j’avais pu apprendre au travers d’autre, c’était sur moi que j’en apprenais. J’écris parce que je ne peux plus faire autrement. Ecrire me rassure. Je suis vivante. J’apprends. J’ai des choses à dire. J’ai l’impression d’être capable de pousser les murs et de me mettre à la place d’autres personnes. Et à la fois tous mes personnages sont moi. C’est aussi un endroit qui m’est privé. Il me fait oublier le reste. Des fois pour le meilleur et des fois pour le pire. J’écris pour me faire peur. J’écris pour me consoler. Quand je n’écris pas, ça ne va pas et quand ça ne va pas, je n’écris pas.

Et parfois, tout ça, je l’oublie. Mon but premier est recouvert par l’envie d’être lue et publiée. Je suis bloquée par l’envie de bien faire, d’écrire juste, de rendre un texte propre aux attentes de ceux qui me lisent, aussi multiples soient ceux-là. Mauvaise limonade, comme dirait ma mère.

A la librairie, je sais. C’est un espace fermé. Le travail ne dépend pas que de moi. L’écriture est un monde ouvert et parfois, d’exploratrice, j’ai l’impression de devenir naufragée. Alors, je tricote. A une période je fabriquais des meubles en carton et après cela, ça a été des papillons de papier. C’est bien la laine, ça rappelle une sortie de labyrinthe.

Je passe par une grosse période de tricot. C’est plutôt bon signe. Cela veut dire que je m’aide. Je me nourris d’histoire des autres et je vois combien le monde est vaste. Et mon monde intérieur n’est pas différent ! Et cela me rappelle que plus c’est difficile d’écrire, plus je dois m’octroyer le droit de courir dans tous les sens. Parce qu’au final, ce qui est important, c’est de sortir ces histoires, ces voyages, ces réflexions que je peux avoir dans la tête. Peut importe que je les trouve bonnes ou pas. Peut importe que je les trouve valides ou pas. Peut importe que ces textes se reflètent un jour dans vos yeux sous la forme de partages instagram, d’un pdf ou d’un livre papier ou qu’ils restent cachés dans mon tiroir numérique. L’important, c’est que j’écrive. Moi.

La littérature française est une littérature à laquelle on reproche son nombrilisme. Elle reste une des plus belle et vaste littérature du monde. Je pense qu’en terme de création, il y a de quoi se perdre et qu’on doit être un phare pour soi même. Créer pour soi, croire en sa production et travailler. Et des fois, ça sera pénible. Mais bazar, qu’est ce que ça fait du bien !

Des bisous.

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